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Ménage de printemps pour la venue de l’Ancêtre

Je vous l’ai dit les amis, le Pape débarque à León. Comme par hasard, il faut que ça tombe sur moi, qui aime tant les conversations sur la religion et le fanatisme mexicain. A priori, il arrive le mercredi 23. C’est bien un mercredi le 23 au moins ? Non seulement le trafic sera suspendu sur les principaux axes – et donc dans toute la ville – mais la municipalité veut faire le grand ménage. Objectif : paraître occidentaux. La bonne blague.

Du coup, on va gentiment demander à tous les SDF de León d’aller voir si on y est dans une autre ville loin de son Altesse Ben’, parce que des clochards, ça fait sale, et après le Papy il va croire qu’il y a des pauvres chez nous. Mais y-a-t’il seulement des riches ? Deuxième étape : on vire tous les vendeurs ambulants, que ce soient des vendeurs de tacos, de tamales, de fruits, ou je ne sais quoi. En gros, on retire à peu près 80% des sources d’alimentation quotidiennes de la population. Ah non,pardon. En fait, tous les autres restaurants, magasins et autres prestataires de services seront également fermés.

Finalement, nous en sommes réduits à préparer un stock de nourriture, penser à recharger le gaz, retirer de l’argent (les distributeurs ne seront bien évidemment pas rechargés pendant 4 jours) et nous enfermer dans notre appartement, pour éviter les foules de zombies fanatiques en délire. Et le Pape va passer, serein dans sa Batmobil, satisfait de voir que les Pauvres le vénèrent, lui et ses habits de velours bordés d’hermine.

Et si ce n’était pas assez, il fera sûrement un discours poignant où il leur révèlera que les capotes, c’est pas bien. C’est pas comme s’il y avait déjà beaucoup de jeunes mères célibataires mineures (pour ceux qui débarquent ici pour la première fois et qui ne connaissent pas vraiment le Mexique : ceci est de l’ironie. Les mères célibataires mineures sont probablement plus nombreuses que les mères pas célibataires majeures).

De toute façon, on n’a pas le choix.

Quentin

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Week-end épique à Guadalajara

Depuis mon arrivée il y a plus de six mois, je n’étais pas encore allé à Guadalajara. Une honte, qu’il fallait corriger au plus vite. Du coup, il y a quelques semaines, le rendez-vous était pris avec quelques-uns de mes bros du foot. Nous irons à Guada’ le week-end du week-end du 10 mars, et on profitera pour faire un tour au Stade Omnilife, à l’occasion de Chivas-Cruz Azul.
Et pourtant, on a bien failli ne jamais partir. La veille du départ, un célèbre narco-trafiquant est arrêté et la ville prend feu sous les représailles. Résultat : quelques fusillades et 45 voitures brûlées. Finalement, après de longues minutes de débat, nous arrivons à la conclusion que la sécurité va être ultra renforcée, d’autant plus aux abords du stade. Donc, pas de danger. Nous prenons donc la route de bonne heure, le samedi matin.

Pas encore sortis de León, des tas de journaux sont exposés aux feux rouges. Les gros titres commencent à nous faire légèrement regretter : “Terreur à Guadalajara”, “Un air d’apocalypse”… Finalement, après deux heures de route, nous arrivons sur le champ de bataille pour y trouver… une ville absolument paisible, sans aucune trace des affrontements de la veille. Par contre, on ne s’était pas trompés sur l’aspect “sécurité” puisque moins d’une heure après notre arrivée, nous sommes arrêtés sur le bas-côté pour être fouillés. Toute la voiture est passé au peigne fin… sauf le coffre. La Police de Guadalajara, élite du pays. Le temps de se manger une petite “torta ahogada”, la spécialité locale (torta plongée dans la sauce), nous partons faire un petit tour en centre-ville. Ici, les Unes de journaux laissent plus de place au match du soir qu’aux évènements de la veille. Preuve que finalement, c’était pas si terrible.

N’ayant toujours pas de billets pour le stade, nous en prenons vite le chemin. Nouvelle surprise, le trophée de la Ligue des Champions (européenne, oui oui) sera présentée le soir-même et exposée à la sortie du stade. Pour patienter, un mini-musée de la Ligue des Champions est mis en place, avec quelques objets qui valent le détour pour les fans de foot : une chaussure portée par Messi lors de la finale 2009, le maillot porté par Abidal lors de la finale 2011 et avec lequel il a brandit le trophée le premier)…

A côté de ça, des jeux sont mis en place, avec pour chaque participant des cadeaux estampillés Heineken (partenaire officiel) et Champion’s League. Du coup, je suis reparti avec une serviette d’un format plutôt bizarre (environ 1m70 de long pour 20 cm de large… tiens tiens…).

La match a ensuite été tout simplement épique, tout comme le show grandiose proposé à la mi-temps pour la présentation du trophée. Entendre résonner l’hymne de la C1 dans un stade, ça donne des frissons, et peut-être encore plus ici, quand tu es l’un des seuls dans le stade à l’avoir déjà entendu en direct. Dire que la seule année où je n’irais pas voir de matchs de Ligue des Champions, celle-ci vient à moi…  Niveau football, mené jusqu’à la 88ème minute, Chivas a réussi à inversé la tendance pour finalement s’imposer à la 93ème dans un stade en fusion. L’un de mes grands souvenirs de stade.

Après le match, même si le désir était grand de faire une photo avec le trophée, la file de près de 10000 personnes nous a vite découragée, alors nous sommes partis. Direction Domino’s Pizza. Bière, chips, pizza dans une chambre d’hôtel en regardant des résumés de matchs de foot : un homme peut-il rêver meilleure soirée avec ses bros ?

Et le lendemain, alors que le voyage semblait toucher à sa fin, il a finalement pris une autre dimension. Après un repas chez un ami, nous sommes allés à quelques minutes de sa maison pour y trouver… le Stade Jalisco. Alors, ce stade, ce n’est pas n’importe quel stade. Et surtout pour un français. C’est ici qu’en quarts de finale du Mondial 1986, l’Equipe de France a battu le Brésil de Zico aux tirs aux buts. Autant dire un monument. Après avoir (à peine) négocié avec le responsable de la sécurité, il nous a laissé entrer. C’était la première fois que je pénétrais dans un stade absolument vide, et c’est vraiment impressionnant. A vrai dire, il paraît même plus grand. Et ce qui est fou, c’est que ce stade a vraiment quelque chose en plus. Rien n’a été rénové, et les seules marques de notre génération sont les quelques bouteilles de Pepsi vides, abandonnées entre les sièges. Sinon, on se croirait à une autre époque.

Finalement, alors que le week-end aurait pu tourner au cauchemar, il aura été un rêve éveillé d’un bout à l’autre. Et comme on dit (ou pas), “trop de football, c’est encore pas assez”.

Quentin

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Déviation à 100 mètres.

Si vous cherchez des informations viables et intéressantes sur la vie au Mexique, dans le but (peut-être) de venir y passer quelques jours ou vous y installer, j’ai bien peur que vous vous soyez trompés d’endroit. Depuis 6 mois, on raconte que des conneries. Et même si ces conneries sont vraies, elles n’en restent pas moins des conneries. Heureusement (pour vous), certains réussissent à faire des blogs plus ou moins sérieux sur un pays qui l’est plus moins que plus. Hum. Je disais donc… Il y a beaucoup de choses sérieuses et importantes à dire sur le Mexique. Ils sont gentils et tout, mais le pays il ne va pas trop bien, dans l’absolu. Seulement voilà, nous on est étudiants, on est là pour déconner, pas pour parler narcos et politique. Par contre, il y en a un qui le fait très bien. Bon, il a un surnom un peu ringard, mais il a le mérite de vivre dans la ville de Tequila. Et rien que pour ça, son blog vaut bien un coup d’oeil.

Un blog sérieux sur un pays qui ne l’est en rien, c’est par ici

Quentin

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Après l’Université laïque, l’Etat laïque… Stop.

Bon. Je vous avais fait part de la fierté des mexicains d’affirmer que leur Université est tout ce qu’il y a de plus laïque, alors qu’au même moment, un énorme crucifix décore leur bureau, à la vue de tous. Aujourd’hui, on est allé plus loin. En cours, quelqu’un a revendiqué sans aucune honte le caractère laïque de l’Etat mexicain. Bien sûr, tout le monde a approuvé avec fierté. Mais là, bon, à un moment, il faut arrêter. La position des candidats à la présidentielle sur la religion catholique est probablement le critère le plus important pour son élection ou non. Les cours sont suspendus pour la venue du Pape à León la semaine prochaine, tout comme le trafic qui sera interdit à plusieurs centaines de mètre autour de la fameuse Papa-Mobile.

Beau gosse, aiiight!

Pour faire court, disons que l’Etat mexicain est aussi laïque que les élections russes ne sont “propres”.

Quentin

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Petite surprise du langage mexicain…

Selon une source pas vraiment sûre, c’est-à-dire un étudiant mexicain, le mot “Sancho” serait aussi utilisé pour affirmer quelque chose, une sorte de “Oui!” appuyé. Après voilà, les étudiants ont des mots bien à eux, totalement inventés. Mais petite surprise, et pas des plus agréables : tout comme “sancho”, un autre mot peut aussi signifier une affirmation, un mot que je préfèrerais ne jamais avoir à prononcer de toute ma vie… “Zaz”.

Va te laver les cheveux, s’il te plaît.

Merci,

Quentin.

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Se faire de la pub.

Je sais pas si ça se fait de se faire de la pub tout seul. Tant pis. Il se trouve que depuis quelques temps, je poste moins sur le blog. Si des gens le lisent encore, ils ont dû s’en rendre compte. Merci à vous. Les raisons sont multiples : tout d’abord, après 6 mois passés sur place, les trucs qu’on trouvait bizarres avant commencent à nous paraître normaux. Pour vous dire, on s’étonne à peine de voir une charrette tirée par deux chevaux au milieu d’un boulevard à 5 voies. Tout fout le camp.

En plus, mine de rien, on travaille. Pendant que certains enchaînent près de 9 heures de cours par semaine, on s’en mange le triple, le tout avec quelques projets de groupe. Des journées qui s’étalent parfois de 8 heures du matin à 22 heures…

Mais bon, la verdad, c’est que j’ai aussi autre chose à écrire. Vous avez dû vous rendre compte que j’aime bien parler de foot, même si ça n’intéresse personne sur ce blog. Du coup, je me suis dit que ce serait cool d’écrire à un endroit où les gens seraient contents de lire des articles sur le foot mexicain et sa palpitante deuxième division. Alors j’ai contacté Sharkfoot. Comme ils sont tous tarés, ils sont tous enthousiastes à l’idée de se voir contées les aventures du Club León, à la recherche d’une montée en D1 depuis plus de 10 ans. En quelques minutes, j’étais devenu “consultant au Mexique”. Et j’ai commencé à écrire. Sur un joueur de 39 ans et presque 100 kilos qui refuse d’arrêter sa carrière, un match raté de Chicharito et Cie, et un vieillard hollandais qui veut redresser un club mythique. Et ce n’est que le début.

Après, ce n’est pas une raison pour virer Los Sanchos de vos favoris. Il y aura du joli jusqu’au bout. Et le bout, c’est le 27 mai, date du (difficile) retour en France. Petit teaser : le Pape vient bientôt à León, je vais visiter la ville de Guadalajara (je suis sûr que vous avez galéré à le prononcer, même en lisant dans votre tête), et en mai, direction New-York et Miami, pour 10 jours de rêve américain, juste avant le (difficile) retour en France. Du coup, ce blog connaît sa date de condamnation à mort : le 27 mai prochain. Ne vous inquiétez pas, il lui reste du temps pour s’y préparer psychologiquement. Et moi aussi.

Quentin

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Les Oscars 2012 : pleins feux sur un “problème” mexicain

Alors voilà, les Oscars sont passés depuis quelques joueurs. Bon, je ne vais pas revenir sur les résultats, ce serait salaud de rappeler que The Artist a fait sa fête à tout le monde, parce que chacun se fait son opinion. The Artist méritait-il tant d’Oscars ? Est-ce normal de récompenser un film muet en noir et blanc en 2012 ? A vrai dire, je n’en ai absolument rien à foutre. Un Oscar, ça ne se joue pas, ça se gagne, et si on m’avait dit que Loulou, Brice de Nice, Hubert Bonisseur de la Bath ou encore Lucky Luke gagnerait un Academy Award, je n’y aurais pas vraiment cru.

Bref, LosSanchos.fr, c’est pas vraiment le lieu idéal pour parler de cinéma, alors je vais parler sociologie. Ehh, oui. Comme je vous l’ai dit il y a quelques jours, outre la présence de Dujardin dans la catégorie “meilleur acteur”, il y avait aussi un acteur mexicain, Demian Bichir, nominé pour sa grande prestation dans le film (que je n’ai pas vu) A better life. Ah, au fait, Demian Bichir, c’est lui (à la droite de Clooney, à gauche je ne saurais vous dire) :

J’ai donc regardé la cérémonie, avec le traditionnel tapis rouge quelques minutes avant, l’occasion de me rendre compte que Demian était représentatif de son peuple. Je m’explique. Chaque personnalité a apparemment le droit de venir accompagné d’une personne à la cérémonie. Alors que 99.9% des invités viennent accompagnés de leur femme ou de leur “autre femme”, Bichir est venu accompagné… de sa mère.

Rien d’étonnant à cela, si l’on considère qu’une confortable majorité de mexicains vivent avec leur mère jusqu’à s’installer avec leur femme. Ce qui est en France absolument inconcevable, vu comme les parents nous dégagent à coups de pied au cul dès qu’on obtient (avec brio) notre Bac. La preuve ultime : le film Tanguy nous fait bien marrer. La réaction des mexicains à la vue de Tanguy serait probablement la suivante : “Pourquoi?”

Voilà, pour le coup, j’ai pas vraiment de chute. Bisous.

Quentin

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Oscar 2012, H-Pas beaucoup

Ce soir, ce sont les Oscar. et si toute la France les attend un peu plus que d’habitude, je vais pour ma part en profiter plus tranquillement. Je me souviens que l’année dernière, j’avais bataillé pour rester éveiller un dimanche soir jusqu’à 5h du matin pour profiter d’un plateau ultra-relevé avec True Grit, Black Swan, The Town, Social Network, The Fighter, 127 heures et compagnie.

En plus, joli symbole, l’année de mon séjour au Mexique, vont se présenter face à trois des meilleurs acteurs américains… un français et un mexicain. En effet, si on attend tous le sacre de Jean Dujardin (pour ma part, je l’attends depuis OSS 117!), pour ce film magnifique qu’est The Artist, tout le Mexique attend et espère la victoire de Demián Bichir, pour son rôle dans A better life. Tout le monde l’espère (et prie, bienvenue au Mexique), parce que ce film traite d’un problème très particulier et particulièrement important ici : un travailleur mexicain luttant pour sa survie et celle de son fils sur le sol américain, tout en tentant d’éloigner celui-ci des drogues, gangs et autres travers de la vie. Autant vous dire que si le film est récompensé, cela sera perçu comme un symbole extrêmement fort de mon côté du Rio Grande.

En conclusion, j’ai devant les yeux le plateau le plus alléchant pour moi, ne serait-ce qu’au niveau des acteurs, avec l’excellent Gary Oldman, ces dieux que sont Pitt et Clooney, et ces deux étrangers qui espèrent ramener un homme nu doré avec une épée dans leur maison. Enfin, le chauvinisme prend quand même le dessus.

Niveau réalisateurs, moins de coups de coeur. Si ni Hazanavicius ni Scorsese n’ont l’Oscar, je vais bien faire la gueule. Enfin pour finir, un grand merci à l’Académie d’avoir nominé Bérénice Béjo en tant que second rôle, contrairement à l’Académie des César, parce que face à Meryl Streep ou Michelle Williams, ce n’était même pas la peine de payer l’avion.

Rendez-vous demain pour les résultats sur Brozkinos. En attendant, préparez-vous une bonne dose de café pour tenir toute la nuit, moi je vais juste commander les pizzas.

Quentin

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L’interrogation du jour

Comment un pays tout entier peut-il cautionner cette pilosité faciale?!

Ah, et au fait. Sancho Lista, Article 9.

Quentin

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Université laïque, le retour.

Comme je vous l’ai dit il y a quelques semaines, à l’Université de León, les crucifix accrochés un peu partout contrastent légèrement avec la fierté des mexicains quand ils annoncent que leur université est laïque. Hier ils ont fait un peu plus fort.

Je ne sais pas si je l’ai rêvé, mais dans ma tête revient une expression française : “la culpabilité se lisait sur son front”. Un peu comme dans les pubs La Poste. Elle existe cette expression ? Bref, j’y ai repensé hier, puisque leur religion se lisait sur leur front. Au sens propre.

Hier, mercredi 22 janvier, était ce qu’ils appellent ici le Mercredi de Ceniza. Il a lieu 40 jours avant la crucifixion de ce sacré Jésus, et marque si je ne m’abuse, le début du Carême. Si ce n’est pas le cas, merci de m’insulter copieusement dans la rubrique commentaires un peu plus bas. Athée jusqu’à la moelle, je ne suis pas vraiment un spécialiste de la Bible. Ce que les chauffeurs de taxi mexicains ont d’ailleurs beaucoup de mal à comprendre.

Revenons-en à nos moutons. Les mexicains ont donc porté leur religion sur leur front. Au sens propre. Apparemment, selon la tradition, les “vrais” catholiques se doivent de dessiner une croix noire sur le front. C’est ici qu’intervient la laïcité dans notre cher établissement universitaire : des étudiants, des femmes de ménages, des surveillants, et même des profs ont passé la journée à se trimballer dans la fac avec leur croix sur le front. Si l’on était en France, je pense que la proposition arracherait un petit éclat de rire à notre grand (trop facile) Président avant un refus incontournable (comme sa petite taille). Et encore, on parle bien des catholiques.

Quentin